Triora, les sorcières de Ligurie
La peur de la sorcellerie hanta ce bourg du nord de l'Italie
© Lella Tonazzini
2 oct. 2009
Triora surgit dans une vallée verdoyante , Ippolito Edmondo Ferrario
Avant Loudun et Salem, Triora fut le théâtre de dizaines de procès contre le culte du diable. Ce bourg de la Valle Argentina a conservé toute son atmosphère inquiétante..
Connu comme le Salem européen, Triora fut frappé entre1587 et 1589 par une vague de procès pour sorcellerie. Arpenter les étroites ruelles de ce bourg de Ligurie à l’architecture remarquable équivaut à plonger dans son passé sombre, que nombre de lieux ne cessent de rappeler.
Vers le village maudit
Le parterre de la place principale de Triora porte l’écusson de la ville : Cerbère, le chien infernal à trois têtes. Ses trois bouches, en latin tria ora, rappellent la "vocation" démoniaque du lieu, installée bien avant l’époque des procès. Réalité ou simple suggestion, il est certain que lorsque, un virage après l’autre, on aperçoit le bourg, niché au sommet d’une montagne, on est pris d'un léger frisson. Antiques et fières, les maisons adossées les unes aux autres ont défié nombre de guerres, dont la dernière a été la plus dévastatrice. Leur beauté sinistre se teint de mélancolie au coucher du soleil…
1587 : la chasse commence
Si le cas de Triora rentre aisément dans la catégorie des « stéréotypes » définie par l’Américain Brian P. Levack, c’est que les événements suivirent ici le schéma classique de la chasse aux sorcières. Aux problèmes d’ordre socio-économique (une importante famine) suivirent délations anonymes, identifications de prétendus coupables, interventions de magistrats « compétents » et enfin confessions obtenues par le biais de tortures.
Accusées notamment d’avoir séquestré des bébés du village, puis de les avoir lancés en l’air au cours de leurs jeux démoniaques, des dizaines de femmes de toute classe sociale furent incarcérées puis torturées. L’une d'entre elles succomba aux tortures, une autre se suicida, plusieurs moururent en prison, mais aucune ne connut le feu du bûcher. La remise en liberté des survivantes fut décidée, en 1589, par la Congregazione del Santo Offizio de Rome, sceptique quant à la légitimité des méthodes employées à Triora.
Si les murs avaient des oreilles…
Il n’est pas difficile d’identifier les lieux qui furent théâtres de ces événements. Un panneau nous mène un peu en dehors du centre, vers la fameuse Ca Botina. C’est ici que, d’après les accusateurs, ces « brebis égarées » se réunissaient pour fêter Satan, leur maître et inspirateur. De ce lieu infernal, il ne reste que des débris enfouis dans la végétation.
Dans un endroit isolé et silencieux nous apercevons la fontaine dite de Campomavùe, ainsi que celle della Noce, elles aussi destinations de prédilection des baggiure (sorcières). La maison del Meggia accueillit les émissaires officiels du Bien, avec leur saint équipement destiné au retour de l’ordre. Les plus "scientifiques" apprécieront les images des instruments de torture exposées dans un folklorique musée ethnographique et de la sorcellerie.
Flâner, flairer
Hésitant entre un sourire sceptique et une fascination un peu crédule, on se dit que se perdre dans ce dédale de ruelles lorsque le soleil n’est plus à l’horizon serait tout autre qu’agréable. Certains de ces passages étroits, dits carruggi, s’entremêlent à un point que, même en plein jour, l’illumination artificielle est de mise. Et que dire de tous ces chats, rigoureusement noirs et sauvages, qu’on enjambe à chaque pas, et qui sont ici (mais est-ce que c’est vrai ?) plus nombreux que partout ailleurs ?
On réserve une petite pensée pour ces félins, considérés comme des émissaires du démon à cause de leur voix "humaine" et, comme tels, condamnés à l'instar de leurs maîtresses à savourer la purification éternelle. Et si jamais l'irrationnel prends le dessus sur la raison, il suffit de songer aux paroles amères de la suppliciée Franchetta Borelli: "Moi je serre les dents, ensuite on dira que je souriais". Celles ci sont inscrites, bien plus que Cerbère, dans l'histoire tragique de ce village fascinant.
Pour plus d'informations:
http://www.comune.triora.im.it/
http://www.triora.org
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tratto da voyageseuropesud.suite101.fr
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